Prendre soin du climat : une préoccupation qui touche aussi l’agriculture


Salon de l'Agriculture Nouvelle-Aquitaine
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Publication PUBLIÉ LE 20/05/2020 PAR Lucile Bonnin

« Il n’est jamais trop tard pour empêcher le réchauffement de notre planète », rappelle en préambule Hervé Le Treut, climatologue français, spécialiste de la simulation numérique du climat et membre de l’Académie des sciences. « Depuis la période post-industrielle, le climat mondial a augmenté d’un degré », explique t-il. La situation telle qu’elle est actuellement est critique en terme de réchauffement climatique. Le processus est déjà bien avancé. Pourtant, si l’on en croit les spécialistes invités ce jour sur le plateau pour débattre du thème « prendre soin du climat », il n’est pas trop tard pour « réinventer le monde ». « Les niveaux de dangers sont proches de nous, continue le climatologue. Les périodes extrêmes de sécheresse ou d’humidité vont aller en croissant. Mais nous devons réussir à prendre la marche arrière ».

L’importance d’agir au niveau régional est indéniable. Pour avancer efficacement sur cette question complexe qui nous concerne tous, il faut avant tout identifier les causes du réchauffement, et identifier les acteurs qui peuvent aller dans le sens d’une amélioration signifiante de leurs systèmes de fonctionnement. L’agriculture fait partie de ces acteurs. La pratique agricole émet en effet des gaz toxiques à effet de serre, du CO2 et du protoxyde d’azote par exemple.  Même si beaucoup d’autres activités sont concernées par ces émissions nocives, l’heure est venue d’un passage à l’action. Chacun doit faire sa part pour réduire ce que l’on appelle vulgairement « la pollution ».

Des avancées agricoles sur un temps long

L’opération sauvetage du climat ne va pas se faire en un claquement de doigts, et encore moins dans le monde agricole. « Nous évoluons », rassure Bernard Layre, Président de la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques et agriculteur à Caubios-Loos. « Ce qui est certain, indique t-il, c’est que nous sommes dans une société de consommation. Or, en agriculture, nous avons besoin de temps pour réaliser les transitons nécessaires pour avoir des modèles plus résilients et durables ». Le spécialiste rappelle également l’importance du projet Néo Terra qui est « ambitieux » sur la question de la transition agroécologique, mais qui doit être tenu impérativement. Cette feuille de route Néo Terra s’est fixée plusieurs objectifs  notamment celui de réduire d’ici 2030, 30% des prélèvements d’eau pour l’agriculture en période d’étiage ou encore créer 100 unités de micro-méthanisation à la ferme en 2030 pour limiter les émissions de GES.

Henri Bies-Péré, vice-président de la FNSEA, (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), partage cette idée qui dit que l’agriculture en Nouvelle-Aquitaine se doit de devenir plus résiliente en s’adaptant. Mais le temps long est une nécessité pour Hervé Le Treut notamment pour assurer la protection des régions en terme de patrimoine et de biodiversité. Bernard Layre explique être également contre la précipitation pour « éviter un grand écart à marche forcée pour devenir demain à la fois source d’alimentation saine et producteurs d’énergies durables ». Le développement de méthodes plus naturelles a besoin de temps avant tout, et les opportunités d’adaptation ne manquent pas.

Captation carbone, gestion de l’eau, et méthanisation

Les sols constituent des puits de carbone naturels. Henri Bies-Péré, voit dans ce fait une formidable opportunité avec un effet double. D’abord, l’agriculture fournit de la matière première et des énergies renouvelables. Mais aussi, c’est une opportunité pour l’agriculteur d’être « rémunéré de façon contractuelle tout en rendant service ». Cette captation carbone est indispensable aujourd’hui. « Pour cela, il faut un combustible produit par photosynthèse (car c’est le seul processus qui permet véritablement de soustraire du carbone de l’atmosphère),  donc de la biomasse, arbres, plantes, algues, …. On peut alors le brûler – ce qui va produire de l’énergie – il va émettre des gaz concentrant une partie importante du CO₂ qui a été précédemment capté par photosynthèse. Il s’agira donc de capter le carbone de ces gaz à la sortie des cheminées, ce que permettent différents traitements chimiques très spécifiques. Ainsi le carbone absorbé précédemment par photosynthèse ne retourne pas dans l’atmosphère. Pour autant qu’on retire ainsi de l’atmosphère une partie du carbone que nous y avons accumulé, on parle d’émissions négatives » explique Hervé le Treut dans un entretien donné à La Pensée Ecologique.

Prendre soin du climat

Concernant la gestion de l’eau, c’est Alain Dupuy, hydrogéologue et membre du comité AclimaTerra qui s’est exprimé pendant ce débat : «  Le changement climatique impacte l’évolution des températures mais aussi celle des précipitations. Il peut se mettre à pleuvoir de manière concentre ou intense mais il peut aussi y avoir une absence pendant longtemps de pluie. Cela génère de nouveaux problèmes et donc il faut s’adapter. On envisage pour donner de la résilience de stocker l’eau, mais pas forcément qu’en surface. Il faut ralentir la partie continentale du cycle de l’eau dans les sols, les nappes et les cours d’eau. »  Le principal objectif selon ce spécialiste est donc d’aider l’eau à s’infiltrer dans la nappe et de ne plus la bloquer inutilement à la surface.

L’exemple de la méthanisation est également parlant lorsque l’on s’intéresse à la question du réchauffement climatique. La méthanisation est un procédé qui permet de transformer les déchets en biométhane. Cette énergie possède les mêmes caractéristiques que le gaz naturel. Séverine Eliot, déléguée Développement du Gaz Vert chez GRDF, explique l’importance de cette démarche novatrice déjà bien avancée en Nouvelle-Aquitaine : « Il y a déjà 12 sites agricoles qui fournissent de l’énergie à 30 000 logements aujourd’hui. 100 dossiers sont actuellement en cours de traitement sur la région. Cela pourrait représenter 10% de la consommation énergétique régionale si les projets vont au bout dans un horizon de 5 ans. »

De l’importance d’une coopération

Les idées pour innover et avoir un réel impact sur le climat ne manquent pas dans le domaine agricole même si la mise en place de ces potentielles solutions demande plus d’efforts. « La principale clé de tous ces enjeux est de garder des territoires en paix et de s’inscrire dans un mode d’action où l’on conserve la biodiversité et le patrimoine des régions », explique Hervé Le Treut. Pour ce climatologue, la séparation entre la feuille de route Néo Terra (un organisme politique) et le comité AcclimaTerra est efficace. « Cette séparation entre les élus et les experts a du sens, indique t-il. Elle permet d’être au plus près des gens qui cherchent des solutions et de leurs mises en œuvre. Il est important de mettre côte à côte la production de savoir et l’instance. »

Le fait environnemental doit être présent dans toutes les actions, selon les quatre invités, car il est décisif. Bernard Layre insiste lui sur le fait que les évolutions doivent s’inscrivent dans le quotidien de chacun, « dans les modes de consommation et les prises de conscience ». « Nous avons besoin de travailler non plus en silos mais de manière transversale », précise t-il. L’eau par exemple est un sujet qui touche à la fois la population, l’agriculture et l’industrie. « Les différents acteurs doivent se retrouver autour d’une table pour vivre », conclut le Président de la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques. 

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