Périgueux et Bergerac mitonnent leur projet alimentaire avec l’aide de la Safer


Claude Hélène Yvard
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Publication PUBLIÉ LE 16/04/2018 PAR Claude-Hélène Yvard

Tout a débuté au Chambon sur Marsac-sur-l’Isle. Il s’est vendu du foncier agricole, des terres de grande qualité. La Safer a ainsi mis en réserve ce foncier qui représentait 32,75 ha : une partie a été revendue soit 11,26 ha avec des bâtiments pour créer un centre équestre en 2012. La safer a revendu en juin 2013 à la collectivité, devenue le grand Périgueux, une surface de 19,93 ha dans le but de créer à la fois un espace test agricole avec le concours du lycée agricole de Coulounieix et d’installer une activité maraichère, explique Stéphanie Gressier, directrice de la Safer Dordogne.
L’installation de deux jeunes maraichers au printemps 2017, après trois ans d’espace test,  allait donc préfigurer le futur Projet alimentaire territorial du Grand Périgueux. “Le projet alimentaire territorial du Grand Périgueux a été formalisé en 2017, après un diagnostic agricole fait l’année précédente par la Chambre d’agriculture. Il s’agit de coordonner toutes les actions agricoles, alimentaires, et aussi dans le domaine de la santé que nous menions depuis des années, explique Alain Buffière, maire de Sarliac et en charge des questions agricoles et de la ruralité au sein du Grand Périgueux. Le projet alimentaire territorial (PAT) s’inscrit dans la loi d’avenir agricole. C’est un outil. Le Grand Périgueux, qui compte 43 communes, a défini une politique agricole,  synonyme de développement économique. “Celle-ci a débuté en 2010, où l’on a oeuvré par une réintroduction d’activité maraichère en zone périurbaine qui avait disparu,” précise Patricia Hamon, chargée du PAT, à la direction du développement économique du Grand Périgueux. 

La priorité : préserver le foncier agricole“Les principaux enjeux sont de préserver les terres agricoles et la valorisation du foncier non exploité  et encourager l’activité agricole en soutenant les agriculteurs présents en développant la production alimentaire bio en circuit court. Il s’agit aussi de développer le nombre d’agriculteurs, et aussi le salariat,” précise Patricia Hamon. Parmi les autres enjeux définis, on note le renforcement de la diversification pour atteindre une autonomie alimentaire, en somme adapter l’offre à la demande, la création d’outils de transformation, de marques collectives, proposer une offre variée aux citoyens en prenant en compte, les aspects santé, environnementaux, sociaux et la lutte contre la gaspillage alimentaire. “Il existe une prise de conscience pour mener une politique agricole à l’échelle d’une agglomération, c’est générateur d’activité économique et de créations d’emploi,” souligne Alain Buffière.

Alain Buffière, élu en charge de la ruralité au Grand Périgueux et Patricia Hamon chargé du projet alimentaire territorial

Rapprocher le consommateur du producteur

Le rôle de la Safer Dordogne est de repérer, arbitrer au sein du milieu agricole, encadrer juridiquement puis proposer des surfaces agricoles à la vente au Grand Périgueux pour y installer des projets agricoles s’inscrivant dans la politique de l’agglomération. C’est ainsi que la Safer a réservé des terres agricoles sur la commune de la Chancelade qu’elle s’est engagée à rétrocéder à l’agglomération dans le courant de l’année afin d’y permettre l’installation de deux projets agricoles. “En novembre dernier, nous avons retenu l’installation d’une jeune femme qui a le projet de faire du maraichage et d’élever des poules pondeuses sur la commune de Cornille. Dans ce cas précis, la collectivité n’est pas propriétaire des terres mais soutient ce dossier. Cette future agricultrice s’inscrit dans la démarche d’approvisionnement des cantines scolaires,” précise Stéphanie Gressier. Les collectivités ont à coeur de rapprocher le consommateur du producteur.  Pour recréer ce lien qui a échappé aux circuits économiques actuels, il faut une action publique.
Stéphanie Gressier a conscience que parfois certains arbitrages ne font pas que des heureux y compris dans le monde agricole. “Nous nous heurtons à plusieurs conflits : il y a le conflit entre l’urbanisation et le maintien de la destination agricole du foncier, il y a le conflit entre les investisseurs qui ne sont pas des exploitants et qui veulent faire de l’agriculture pour défiscaliser, et le conflit entre plusieurs types d’agriculture.” 
En Bergeracois, les acteurs locaux ont engagé un projet alimentaire territorial dès 2015 dans lequel la Safer est un partenaire privilégié. “Le projet a été lancé au départ, par le pays du Grand Bergeracois, repris par la communauté d’agglomération. “L‘objectif est de structurer une filière de produits bios, en particulier des légumes avec Agrobio Périgord. Un site composé de terres agricoles et de bâtiments  a été acheté par la Safer, puis revendu à la collectivité en juin 2017 pour une surface de 12, 19 ha au lieu dit Nebouts à Prigonrieux. Sur ce site, il est prévu l’installation  de nouveaux agriculteurs bio à l’essai et la mise en place d’une légumerie pour la première transformation et la création d’une plate-forme de distribution de produits bio. Il y a quelques jours, les élus de CAB ont pris une délibération portant sur  l’achat de terres appartenant à la Safer sur la commune de Gardonne de 7,17 ha. Il est prévu d’installer un agriculteur bio en reconversion pour l’approvisionnement de la restauration collective,” explique Philippe Perrin, directeur du développement économique de la CAB.  L’agglomération de Bergerac s’inscrit dans une logique de structuration de filière : il s’agit de proposer des volumes aux opérateurs et de signer des contrats entre producteurs et opérateurs. 

Faciliter l’installationL’objectif de la Safer demeure de faciliter l’installation des agriculteurs hors cadre familial par le portage temporaire de certaines propriétés, afin d’une part d’éviter que les terres agricoles partent à l’agrandissement ou à l’urbanisation et d’autre part de lisser le coût d’acquisition du foncier pour les nouveaux installés afin d’alléger leur endettement. Pour y parvenir, elle dispose d’outils : convention de mise à disposition, portage foncier, préemption  (8 % des transactions). Le stockage foncier, est un outil intéressant, conduit en partenariat avec le Département, la Région Nouvelle-Aquitaine : la Safer achète à la place du jeune le foncier non bâti et une location vente sur 5 ans est mise en place.  “Nous assurons aux collectivités des missions de veille et de conseils, par notre connaissance du terrain, des prix, par notre expertise. Nous sommes dans un débat constructif avec les élus sur cette préoccupation d’installer et de maintenir des actifs agricoles,” résume la directrice de la Safer Dordogne.

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