La filière ovine sauve Pâques mais s’inquiète de l’avenir


Julien Bonnet
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Publication PUBLIÉ LE 07/04/2020 PAR Claude-Hélène Yvard et Julien Bonnet

La consommation d’agneau ne sera pas à la hauteur de celle des années précédentes. Dans les grandes surfaces, la moitié des rayons boucherie traditionnelle ont fermé, les consommateurs privilégiant des achats emballés . L’agneau est généralement consommé à Pâques ou à la Pentecôte, lors de repas familiaux, qui n’auront pas lieu cette année, en raison de la crise sanitaire. Pour cette période pascale, la filière semble avoir sauvé les meubles en termes de commercialisation mais les éleveurs sont inquiets pour l’après. Magalie Chevalier, présidente de l’Agneau du Périgord, 106 éleveurs, 15 000 agneaux dont la moitié vendue en label rouge témoigne. « A la mi-mars, nous n’avions pas les commandes habituelles. Nous avons donc lancé un appel aux grandes et moyennes surfaces et à la boucherie traditionnelle de jouer le jeu pour acheter local et français. Sur la semaine dernière et cette semaine, nous avons été entendus, nous sommes sur ces niveaux de commercialisation identiques à l’an passé à la même période. Les artisans bouchers ont quasiment doublé leurs commandes par rapport à d’habitude cette semaine. Au sein de la filière nous avons aussi mis en place de la vente directe de demi-agneau en caissettes, cela nous a permis de dégager 13 % des animaux en bergerie, soit 80 agneaux. C’est la coopérative univia qui a coordonné l’opération. 520 agneaux ont suivi les filières traditionnelles.
La vente en circuit court semble être gagnante de la situation. Plusieurs initiatives au sein de la région Nouvelle Aquitaine ont été prises . Exemple, la filière agneau de lait des Pyrénées avait 16 000 agneaux de lait à sortir autour de Pâques, dont 80 % de la commercialisation se fait ordinairement en restauration hors domicile. Elle a initié une boutique en ligne. Face à la crise du Covid 19, les 638 éleveurs ovins lait de trois coopératives (Caoso, Axuria, AOBB), se sont groupés pour vendre leurs agneaux de lait. Avec le soutien de la chambre d’agriculture, ils ont réussi à mettre en place un drive fermier à l’échelle des Pyrénées Atlantiques. Le collectif a créé un site internet et trouvé une quarantaine de points relais répartis sur le territoire départemental. Et la demande est là.

En Charente « On est débordés par le succès  »

En Charente, le sauvetage de Pâques est également assuré. Grâce à plusieurs opérations de type “drive” organisées par Ecoovi, une coopérative regroupant 300 éleveurs ovins, la filière a réussi à écouler la totalité des agneaux prévus pour les fêtes. « L’opération a été programmée il y a 15 jours, quand on craignait le pire. On avait peur que les consommateurs se détournent des circuits traditionnels d’achat, mais on a été débordés par le succès, constate Patrick Soury, président du GIE du Centre-Ouest et vice-président d’Ecoovi, ainsi qu’éleveur à Oradour-Fanais (16). On a écoulé 550 agneaux, soit plus de 1100 colis ».Des colis de 5 kilos constitués de gigot, d’épaule, de côtes et même… de merguez (900 kilos), qui ont permis d’utiliser les carcasses. La viande est issue d’élevages charentais, mais aussi de Corrèze, de Haute-Vienne, de Vienne et de Dordogne, entre autres. La distribution s’est ensuite faite un peu partout sur le territoire d’Ecoovi, d’Angoulême à Limoges en passant par Montmorillon, Poitiers et Bellac par exemple.
Ce vendredi 10 avril, sur le parking de la Chambre d’Agriculture de la Charente, une soixantaine de clients ont donc récupéré leurs caissettes sans quitter leur voiture, mesures de protections sanitaires oblige. Récupération de la commande, paiement par chèque et rangement des colis dans le coffre : l’opération ne dure pas plus de cinq minutes. Et si les grandes surfaces ont joué le jeu localement, en faisant la promotion de l’agneau français, ces “drives” pourraient quand même perdurer : « On pose des jalons pour développer ces circuits-là (en vente directe, NDLR). On joue vraiment collectif, et ça peut initier de nouveaux concepts de distribution. Mais je reste réaliste : dès que la crise sera passée, les consommateurs retourneront à leur confort d’achat habituel », anticipe Patrick Soury.

Les signaux ne sont pas bons

Claude Souchaud, président de la fédération des éleveurs ovins de Haute Vienne, et de Tech ovins  fait part de son inquiétude pour les pochains mois. «  Il y a une légère reprise depuis quelques jours, liée à la proximité de Pâques, mais je suis inquiet pour la suite. »Dans certaines coopératives de Haute- Vienne, on s’adapte en diminuant la collecte. Certaines envisagent de congeler, un très mauvais signe, car cela signifie décaler la crise.  «Le pire est devant, dans les mois à venir. Nous sommes inquiets pour l’après Pâques, car l’offre augmente en Limousin. Tous les éleveurs, toutes les structures sont à la recherche de solutions pour écouler nos productions et nos signes de qualité. Les circuits courts, pourquoi pas, c’est à encourager . » Un sentiment partagé par Patrick Soury . « On est au début de la saison de production d’agneaux. Les plus gros volumes se font entre mai et juillet. Il y aura d’autres opérations de ce genre, mais elles ne suffiront pas. On risque d’en congeler une partie pour la reporter à septembre – octobre », observer l’éleveur charentais qui n’attend pas de retour à la normale avant la prochaine rentrée scolaire. La filière ovine au niveau régional et national, surtout celle qui produit sous signe officiel de qualité, multiplie les discussions avec les grandes surfaces pour quelles optent pour l’agneau français. « La boucherie traditionnelle est aux côtés des éleveurs, elle enregistre une hausse de fréquentation car elle fait beaucoup d’efforts auprès des consommateurs. Mais cela ne pourra pas absorber tout le marché, » précise Claude Souchaud. Les initiatives menées par l’interprofession seront telles suffisantes ? Les ménages auront t-ils encore les moyens d’acheter une viande réputée chère quand ils seront au chômage partiel ?

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