En Nouvelle-Aquitaine aussi, le bio progresse fort


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Publication PUBLIÉ LE 19/06/2019 PAR Romain Béteille

À peine remis d’une perte en nutriments inquiétantes dans nos fruits et légumes, voilà que d’autres informations viennent de tomber du côté de l’industrie agro-alimentaire. Elle concerne un secteur qui, chaque année un peu plus, confirme l’engouement des consommateurs : le bio. Ce mercredi 19 juin, l’association interprofessionnelle régionale, Interbio, qui regroupe 250 organisations et opérateurs membres, a tenu son assemblée générale annuelle. Et en mettant le nez dans ses chiffres, on est franchement assez surpris par le bilan et la progression du bio à l’échelle régionale en 2018, autant en nombre de producteurs (6157 soit une augmentation de 15,5%) que d’hectares (276 000 soit +27%) ou de chiffre d’affaires (1,3 milliards d’euros soit +22%). Cet ensemble (auquel il faut rajouter une progression de 15,4% de la consommation de produits bio, fait donc de la Nouvelle-Aquitaine la deuxième région la plus développée en la matière au niveau national. Il faut dire que lors de son enquête annuelle, l’Agence bio avait déjà fait un portait plutôt flatteur de la progression de la consommation et de la production nationale. Le 4 juin dernier, elle précisait ainsi que la France avait franchi le cap des deux millions d’hectares cultivés en bio, soit 300 000 hectares supplémentaires rien qu’en 2018. Elle couvre désormais 7,5% de la surface agricole du pays, et l’objectif des 15% présenté en juin 2018 au travers du “programme Ambition bio 2022” ne semblerait presque plus si lointain. À la sortie de l’assemblée générale d’Interbio Nouvelle-Aquitaine, nous avons interrogé son directeur, Jérôme Cinel, pour avoir son point de vue sur ces chiffres et cette progression régionale significative. 

@qui.fr – 22% de progression dans le chiffre d’affaires, 27% d’hectares en plus en 2018… Ces chiffres confirment et surpassent même la tendance nationale de la progression du bio. Pourquoi, selon vous, on s’en sort mieux qu’ailleurs ? 

Jérôme Cinel, directeur d’Interbio – C’est dû au nombre d’agriculteurs qui souhaitent répondre à la demande sociétale, c’est à dire de fournir des produits sans pesticides et qui respectent le bien-être animal. En ayant structuré les filières, notamment avec l’engagement des coopératives et des transformateurs, on a réussi à convaincre beaucoup de gens de passer en bio. On répond aussi à la demande citoyenne, et comme elle continue de progresser puisque la consommation a augmenté de 15,4% l’an dernier, la production française suit l’élan. Régionalement, on a mis en place un Pacte d’Ambition Régionale pour l’Agriculture Biologique (signé en juillet 2017) au niveau de la Nouvelle-Aquitaine. Il concerne les pouvoirs publics et la profession pour avoir une stratégie de développement à cinq ans. À l’intérieur, on retrouve le mois de la bio dans lequel on a des actions de communication pendant tout le mois de novembre sur les 12 départements auprès de la production pour transmettre les besoins du marché en conversions. Ce pacte est là pour ceintrer et pour avoir une stratégie bien claire de développement, ce que n’ont pas les autres régions. 

@qui.fr – La loi EGAlim (accueillie un peu froidement par les sénateurs), promulguée en novembre 2018, et les États Généraux de l’alimentation en général ont-ils eu un effet dans cette poussée du bio ? 

J.C – C’est trop tôt pour le dire, on n’a pas de lisibilité de l’impact sur la première année dans les contrats qui ont été passés. Mais de notre côté, on avance aussi : dans la marque Bio Sud-Ouest qu’on souhaite développer, on intègre des critères du commerce équitable pour assurer une juste rémunération de chaque maillon de la filière. On vient d’ailleurs de refaire un nouveau logo produit.

@qui.fr – Hormis le fait de participer a l’élan des identifiants régionaux, quel est le but de cette nouvelle marque et quel est son “plan de bataille” pour séduire le consommateur ?

J.C – C’est un identifiant pour les consommateurs et les producteurs d’aliments qui ont été produits et transformés dans le Sud-Ouest et l’ancienne région Midi-Pyrénées. Face à l’appétence des consommateurs pour les produits bios locaux et aux questionnements face aux produits bio importés, on veut créer un identifiant qui permette de démontrer aux consommateurs que les produits bio locaux, c’est possible. Il va concerner tous les produits, sauf la volaille. C’est une vieille histoire : on a déposé la marque à l’INPI en 2006. Au début, elle servait pour des opérations de communication collective sur les salons. C’est devenu une marque produit en 2012-2013 lorsqu’il a fallu mettre un “chapeau Sud-Ouest” sur la production agricole locale. On avait déjà ce label, on l’a donc redéposé avec le Conseil régional dans le but de l’étiqueter sur les produits. Il a depuis été un peu renégocié après la loi NOTRe. Tout le système de contrôle et de cahier des charges est en place, on est dans une phase de recrutement des entreprises et des producteurs pour des actions en distribution qui devraient avoir lieu à partir de cet automne. On pourra trouver cette marque dans tous les circuits de distribution mais c’est une marque produit. Ça veut dire que ce sont les producteurs et les entreprises qui les mettent sur les produits à partir du moment où ils respectent les règles d’origine et de commerce équitable. Il faudra faire une demande de labellisation en certifiant l’origine et en validant un contrat entre le producteur et l’acheteur. C’est déjà contraignant parce que les contrats entre la production et la transformation ne sont pas si répandus. C’est un outil proposé à la filière pour s’identifier. La distribution attend beaucoup de ce dispositif, il nous appartient de convaincre les entreprises et les producteurs.

@qui.fr – Tous les secteurs progressent selon l’Agence Bio, notamment les grandes cultures. Est-ce différent en Nouvelle-Aquitaine ?

J.C – On a quand même noté cette année plus de conversions que d’habitude sur les fruits (la Nouvelle-Aquitaine est effectivement au deuxième rang national en maraichage et en arboriculture avec près de 10 00 hectares de surfaces fruitières et 4700 certifiés ou en conversion pour les légumes). Même si l’ensemble des productions progressent, cet atelier de production-là a plus de conversions que les années passées. Sur certains départements, on a des progressions à trois chiffres (en 2018, les surfaces en légumes et fruits bio ont augmenté de 42 et 37%). Il y a deux raisons principales : l’augmentation de la demande et la faiblesse qu’on a par rapport aux produits d’importation dans le domaine des fruits et légumes. Il y a donc une volonté de substitution à ces produits d’importation par des conversions locales plus importantes. On essaie de structurer des filières, y compris dans la transformation. 

@qui.fr – Cette accélération a aussi des conséquences sur l’emploi direct relié à l’agriculture bio : il a doublé en sept ans avec une croissance annuelle de 10%… Constate-t-on la même chose en région ?

J.C – Oui. Une exploitation bio emploie en moyenne un tiers de main d’œuvre en plus. Les entreprises de l’agro-alimentaire qui font des produits bio aussi recrutent plus parce qu’elles progressent plus vite en chiffre d’affaires, elles ont besoin de renforcer leurs équipes. Je pense que ça va continuer parce que si on regarde une photographie d’ensemble des pays européens, on voit que la consommation et la production progressent dans tous les pays. En France, on arrive à 5% des achats alimentaires en bio. Les pays scandinaves et germaniques, eux, sont entre 8 à 10%, je pense donc qu’on a une capacité à suivre la tendance de nos voisins, au moins jusqu’à 10%, soit un doublement potentiel du nombre d’hectares cultivés en bio en cinq ans. Dans tous les cas, on devrait toujours être autour de 15% d’augmentation du marché par an (les prévisions 2019 d’Interbio envisagent un chiffre d’affaire de 1,434 milliards d’euros). Le cap est passé et le regard sur la production bio a évolué de manière positive dans l’agriculture conventionnelle.

@qui.fr – Le 28 mai dernier, une pétition lancée par la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, Greenpeace et le Réseau action-climat dans le journal Libération s’inquiétait du risque d’industrialisation de la bio suscité par cette démocratisation, et les risques, face à une manne financière importante, de voir la grande distribution imposer ses propres règles, notamment face aux règlementations européennes. Selon vous, est-ce à craindre ?

J.C – Je ne crois pas. Les règles de production et de transformation restent les mêmes, elles sont même parfois plus strictes et on va le voir dans les mois et les années à venir. La base des règles de production va rester identique. Que par contre, puisque c’est devenu un marché porteur, certaines grosses sociétés conventionnelles décident de faire du bio, c’est une évidence. Ça a déjà été et c’est déjà le cas. Il appartient aux organisations professionnelles de garder l’éthique et l’esprit, d’origine d’amener les grosses entreprises sur cette base de réflexion et de leur dire que de toute façon, si elles font du bio uniquement pour du business, elles ne vont pas pérenniser leur activité. Les grandes surfaces mettent l’accélérateur et augmentent leurs parts de marchés (49% en 2018) par rapport aux réseaux spécialisés bio alors que jusqu’à présent, on avait plutôt deux circuits équilibrés. Je pense que c’est quelque chose qu’il faut maintenir, mais cet appétit des grandes surfaces est justifié : c’est la gamme de produit qui progresse le plus en magasin…  

@qui.fr – Est ce que tout cela ne risque pas de rendre la différenciation du type de production bio plus difficile pour le consommateur ?

J.C – Ce sera à eux de faire des choix qui correspondent à leur éthique et à leurs désirs. Est-ce qu’ils veulent continuer à acheter du bio en grande surface ou aller dans les réseaux spécialisés. Pour la démocratisation du bio, c’est bien qu’il y en ait en grandes surfaces, mais il ne faut pas qu’elles aient l’exclusivité. Il y a des réseaux historiques qui sont très attachés aux relations avec la production et des conseils aux consommateurs qui peuvent être proposés au sein des magasins spécialisés. Pour tenter de valoriser ça, on organise le 25 juin une rencontre régionale à Jonzac dédiée aux réseaux spécialisés bio avec tous les produits régionaux, des entreprises et des producteurs. On a aussi une commission artisan qui leur est dédiée. Aujourd’hui, il y a 360 magasins en région, ils se développent mais moins rapidement.

@qui.fr – En 2019, quels freins restent identifiés pour continuer cette progression de la conversion en bio en Nouvelle-Aquitaine et en France de manière plus générale ?

J.C – On a des encore des pistes d’amélioration à proposer aux producteurs pour garder un niveau de rendement important et anticiper le réchauffement climatique. Il faut qu’on soit suffisamment bons pour accompagner techniquement les producteurs à la conversion. Il faut aussi s’assurer que les aides aux producteurs arrivent en temps et en heure, ce qui n’a pas été le cas durant les trois dernières années pour le FEADER. Mais la prise en compte de l’écologie est quand même plus importante à l’issue de ces élections européennes que lors de la mandature précédente. J’ai l’espoir que la prise en compte du bio soit donc supérieure, y compris dans les fonds FEADER… 

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