« La coopérative permet de structurer l’offre commerciale », Jonas Hollaar jeune agriculteur lot-et-garonnais


Xavier Chambelland / CD 47
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Publication PUBLIÉ LE 22/04/2020 PAR Sybille Rousseau

@qui ! : Quand vous êtes-vous installé sur l’exploitation familiale ?
Jonas Hollaar :
Avant de m’installer j’ai suivi les enseignements de l’école d’ingénieure de Purpan à Toulouse. Comme dirait le directeur de l’établissement Eric Latgé « l’école est ancrée dans L’Amour de la Terre, L’Ouverture aux savoirs, La Pédagogie de l’Accompagnement et La Force de l’Humain. Ces 4 piliers structurent son identité et soutiennent son ADN qui se résume en deux mots : « Cultiver l’Humain ». Je suis sorti diplômé de l’école en 2016 et ai poursuivi pendant un an auprès de mes parents sur l’exploitation familiale à Bias, non loin de Villeneuve-sur-Lot, en Lot-et-Garonne. J’ai repris l’exploitation au 1er janvier 2018 après avoir suivi une courte formation obligatoire dispensée par la Chambre d’agriculture du département.

@ ! : Comment s’est passée votre installation ?
J. H. :
Honnêtement, tout s’est très bien passé et même plutôt facilement pour moi car j’ai la chance d’avoir repris l’exploitation de mes parents. Donc, dès mon installation j’avais déjà une très bonne base de travail. C’est sûr que ma situation est beaucoup facile comparée à des jeunes qui souhaitent s’installer et qui ne sont pas du sérail. En plus, j’ai eu la chance d’obtenir la DJA, l’aide à l’installation pour les jeunes agriculteurs, qui vise à soutenir financièrement le jeune pour sa première installation et à favoriser la viabilité économique du projet agricole. Cette aide est financée par les crédits européens sur le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et des crédits nationaux. Cette aide fut un véritable coup de pouce pour moi.

@ ! : Combien d’hectare possédez-vous ?
J. H. :
Mes parents cultivaient nos tomates sur 1,8 hectares. Depuis que j’ai repris l’exploitation, nous nous sommes étendus et avons érigé une serre sur une de nos friches. Aujourd’hui, notre exploitation s’étend sur 2,6 hectares. Cette serre a coûté près d’1,5 millions d’€ que nous avons pu financer en partie grâce au fonds alter’NA. C’est la Région Nouvelle-Aquitaine qui a développé ce nouvel outil pour favoriser l’accès au crédit dans le secteur agricole et agro-alimentaire. Dans ce projet elle est accompagnée par l’Europe (Feader et Fonds Juncker). C’est une sorte de garantie bancaire qui rassure les banques.

La coopérative, une assurance
@ ! : Vous êtes également adossé à la coopérative Cadralbret pour la vente de vos produits. Pourquoi ce choix ?
J. H. :
La coopérative permet de structurer l’offre commerciale. Travailler avec elle apporte une garantie non négligeable pour le producteur. En effet, ce qui est livré est payé. La coopérative Cadralbret regroupe plus d’une centaine de producteurs situés en Lot-et-Garonne, dans le Gers et dans le Tarn-et-Garonne. Chaque année, nous produisons plus de 15 000 tonnes de fruits et légumes (kiwi, fraise, tomate, melon, concombre, aubergine, courgette et poivron) produits dans le respect des meilleures pratiques culturales. Nous, nous produisons exclusivement des tomates d’une vingtaine de variétés. Nous apportons toute notre production au point de collecte de la coopérative à Nérac. Ensuite, elle la livre essentiellement à la grande distribution aux quatre coins de l’hexagone. Et nous travaillons avec deux opérateurs notamment Rougeline.

@ ! : Au-delà d’apporter votre production à Cadralbret, agissez-vous au sein de la coopérative ?
J. H. :
Oui, tout à fait. J’ai, du reste, suivi une formation d’administrateur afin d’être acteur de la coopérative. C’est passionnant de voir comment ça se passe de l’intérieur, débattre autour des questions budgétaires, échanger autour de l’organisation même de la structure. Bref, c’est très intéressant et cette fonction permet d’agir au cœur de l’organe décisionnaire.

@ ! : Depuis mi-mars, l’économie française est à l’arrêt pour cause de confinement. Comment vivez-vous cette période dans l’exploitation ?
J. H. :
Bien évidemment, impossible de faire du télétravail dans l’exploitation ! Dès que les mesures de confinement ont été officielles, nous avons beaucoup discuté, échangé et surtout rassuré nos salariés. Du coup, nous n’avons eu que très peu d’absence et nous n’avons aucun problème de main d’œuvre. Nous désinfections quotidiennement, nous portons des gants, nous respectons les gestes barrières et la distanciation sociale imposée.

Faire confiance à la Grande Distribution, c’est plaisant!
@ ! : Et du côté des ventes ?
J. H. :
Et bien le début fut compliqué. En effet, nous vendons des produits que nous pouvons qualifier de haut de gamme : des calibres différents, plus petits, des tomates dites « anciennes ». Bref, la priorité des consommateurs était plutôt l’achat de pommes de terre, de carottes ou de tomates qui peuvent être gardées dans le bas du frigidaire pendant un mois. Les prix n’étaient pas très élevés non plus. Aussi, la concurrence déloyale des Marocains et des Espagnols nous a fait mal. Nous ne pouvons pas nous aligner quand nous voyons le kilogramme de tomates espagnoles à 1€50. Le coût de leur main d’œuvre et bien moins élevé que le nôtre.
Et puis, il y a un mois de cela, les ministres de l’Economie et de l’Agriculture ont demandé à la Grande Distribution d’acheter français. Et la Grande Distribution a joué le jeu ! C’est vraiment plaisant de voir que nous pouvons lui faire confiance. Tout est reparti à la hausse, les prix, la demande, la production. Nous avons même eu quelques difficultés à répondre à cette très forte demande assez inattendue mais très bénéfique pour nous.

@ ! : Afin de vendre davantage de tomates avez-vous mis en place un autre circuit de distribution ?
J. H. :
Oui, nous nous sommes lancés dans la vente directe. Et cela marche super bien ! Les gens reviennent d’une semaine à l’autre à la ferme en nous disant que nos tomates sont vraiment bonnes. Ce retour est vraiment très agréable, cela fait très plaisir. Je regrette de ne pas l’avoir mis en place plus tôt. C’est vrai que je râlais avant de voir tous ces gens qui se ruaient dans les supermarchés pour acheter des tomates étrangères. Je ne comprenais pourquoi, ils ne voulaient acheter les miennes. Pourquoi privilégier le prix à l’origine et à la qualité du produit. J’espère vraiment que les consommateurs se souviendront de cette période, où ils ont acheté français, où ils ont privilégié les circuits courts, la qualité et donc les producteurs français. Moi, c’est certain, après le confinement, je continuerai de vendre directement à la ferme mes produits en plus de les vendre via la coopérative.

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